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Jacques Attali, le 2 avril 2012 18H00

 

      Chacun sait, chacun répète, que la France doit réduire sa dette

publique. Chacun sait, chacun répète, que la campagne ne porte pas sur ce

sujet. Chacun sait, chacun répète, qu’aucune économie sérieuse n’est

proposée par aucun candidat. Chacun sait, chacun répète, que les objectifs

acceptés par la gauche et la droite sont totalement hors de portée, parce

que nul ne sait comment réaliser l’excédent budgétaire nécessaire pendant

10 ans au moins, à partir de 2017 au mieux.

      Et pourtant pourtant, rien ne change. La campagne s’étire, comme en

baillant. On s’y ennuie, on n’y parle, à droite comme à gauche, que de

minuscules détails, de dépenses nouvelles non chiffrées ou d’impôts

symboliques, mais ne rapportant rien.

      Si on continue comme cela jusqu’au 6 mai, voilà ce qui nous attend.

      Le 7 mai, si Francois Hollande est élu, la droite entrera dans une

grave crise et explosera, pour le plus grand plaisir du Front National. Le

nouveau Président annoncera que la situation financière est épouvantable,

pire que celle annoncée par les équipes précédentes, et qu’il lui faut

étudier de près la réalité avant d’agir. Les marchés financiers, dont

dépendent les trois quarts du financement de notre dette publique, s’inquiéteront

et rendront plus couteux les emprunts que l’Etat devra faire en mai, pour

payer les salaires des ses fonctionnaires. Les préteurs exigeront

immédiatement du Président, et de son premier gouvernement, des réformes

et des coupes très brutales, avant même les élections législatives de

juin. Pour ne pas les perdre, l’exécutif tergiversera et n’annoncera rien

de sérieux. Après les législatives, la gauche, qui les gagnera, dénoncera

des comptes maquillés par la droite, et lui fera porter la responsabilité

des économies et des hausses d’impôts nécessaires. Elle annoncera qu’il

faudra trouver au moins 20 milliards en 2012 et, si la croissance n’est

pas au rendez-vous, ce qui est vraisemblable, le double en 2013, et le

double encore en 2014. Et plus encore dans les 3 années qui suivront. Il

ne sera plus question de largesse d’aucune sorte. Pendant tout le

quinquennat.

      Le 7 mai, si Nicolas Sarkozy est réélu, la gauche basculera dans une

grave crise ; le parti socialiste explosera ; une partie de ses membres

ira rejoindre Jean-Luc Mélenchon, qui deviendra le chef de l’opposition ;

la droite pourra plus aisément passer les échéances d’emprunt de juin ;

elle gagnera les législatives, sous les applaudissements prudents des

marchés. Mais elle devra, elle aussi, révéler, dès juillet, que le déficit

budgétaire de 2012 sera finalement supérieur à ce qu’annoncent aujourd’hui

les comptes, en raison dira la droite, d’erreurs impossibles à prévoir.

Pour tenir les prévisions de réduction de la dette publique, qu’exigeront

les préteurs, la droite décidera de coupes brutales dans les budgets

sociaux, sans augmenter les impôts des plus riches. Cela se traduira par

une chute de la croissance et des revenus fiscaux. La nouvelle gauche

mettra des millions de gens dans la rue ; les grèves se multiplieront. Les

marchés commenceront à s’inquiéter. Les taux d’intérêt augmenteront

massivement. La crise sera là. Pour tout le quinquennat.

      Dans les deux cas, le pays paiera le prix d’une campagne électorale

totalement ratée. Non de la faute des candidats. Ni des journalistes. Mais

des élites françaises , qui n’auront pas su sortir à temps, de la douceur

de vivre, de la drôle de guerre, de l’ivresse trompeuse.


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Tag(s) : #Coup de gueule...
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